{"id":542,"date":"2022-08-24T18:54:52","date_gmt":"2022-08-24T16:54:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aaihednrn.org\/?p=542"},"modified":"2022-08-24T18:55:50","modified_gmt":"2022-08-24T16:55:50","slug":"2008-allocution-du-president-de-la-republique-xvieme-conference-des-ambassadeurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aaihednrn.org\/index.php\/2022\/08\/24\/2008-allocution-du-president-de-la-republique-xvieme-conference-des-ambassadeurs\/","title":{"rendered":"2008 Allocution du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique XVI\u00e8me Conf\u00e9rence des Ambassadeurs."},"content":{"rendered":"\n<p>Allocution du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Nicolas Sarkozy, Palais de l&rsquo;Elys\u00e9e \u2013 Mercredi 27 ao\u00fbt 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur le Premier Ministre,<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur le Pr\u00e9sident du S\u00e9nat,<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur le Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale,<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur le Ministre des Affaires Etrang\u00e8res et Europ\u00e9ennes,<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les Ministres,<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les Parlementaires,<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a 10 jours, 10 soldats fran\u00e7ais sont tomb\u00e9s en Afghanistan au cours de combats contre des terroristes talibans. Ils sont tomb\u00e9s au service d\u2019une cause juste, dans le cadre d\u2019une mission approuv\u00e9e par l\u2019ONU : la lutte contre le terrorisme, la lutte pour nos valeurs, pour la libert\u00e9 et les droits de l\u2019homme dans un pays martyris\u00e9 par une barbarie obscurantiste. Souvenons-nous : les lapidations dans les stades, les mutilations, les droits des femmes bafou\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos soldats sont tomb\u00e9s pour prot\u00e9ger la France, pour prot\u00e9ger les Fran\u00e7ais de la menace directe du terrorisme, qui prend pour une large part sa source dans cette r\u00e9gion du monde. C\u2019est cela qui est en cause en Afghanistan.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un an, je vous disais ici m\u00eame qu\u2019un des principaux enjeux des ann\u00e9es \u00e0 venir serait d\u2019\u00e9viter la confrontation entre l\u2019Islam et l\u2019Occident. Une confrontation que veulent provoquer ces extr\u00e9mistes qui rejettent toute ouverture, toute modernit\u00e9, toute diversit\u00e9. Je vous disais que notre devoir \u00e9tait d\u2019aider, d\u2019encourager les forces de mod\u00e9ration et de modernit\u00e9 en Afghanistan. C\u2019est ce que nous avons fait et que nous continuerons de faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre pr\u00e9sence militaire, d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 juste titre d\u00e8s 2001, a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e. La France joue tout son r\u00f4le, avec ses Alli\u00e9s europ\u00e9ens -25 des 27 membres de l\u2019Union-, am\u00e9ricains, canadiens, turcs, pour stabiliser ce pays et pour emp\u00eacher le retour au pouvoir d\u2019un r\u00e9gime alli\u00e9 \u00e0 Al Qa\u00efda. Ce renforcement, nous l\u2019avons d\u00e9cid\u00e9 dans le cadre de la nouvelle strat\u00e9gie des Alli\u00e9s, d\u00e9finie \u00e0 l\u2019initiative de la France au sommet de Bucarest. Elle reste valable : un engagement dans la dur\u00e9e ; une approche globale, civile et militaire, avec une coordination accrue de l\u2019aide ; la n\u00e9cessaire coop\u00e9ration du Pakistan ; mais surtout la prise en charge progressive par les Afghans eux-m\u00eames de leurs responsabilit\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est \u00e0 mes yeux l\u2019objectif prioritaire car c\u2019est la premi\u00e8re condition d\u2019un succ\u00e8s dans la dur\u00e9e. Dans la r\u00e9gion Centre, celle de Kaboul, c\u2019est la France qui, depuis ce mois d\u2019ao\u00fbt, est charg\u00e9e d\u2019organiser, dans un d\u00e9lai maximum d\u2019un an, ce transfert de responsabilit\u00e9s au profit de l\u2019arm\u00e9e afghane. D\u00e8s demain, 28 ao\u00fbt, la s\u00e9curit\u00e9 de la ville de Kaboul lui sera confi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains disent : il faut mettre l\u2019accent sur la reconstruction. C\u2019est ce que j\u2019ai fait : notre aide civile a \u00e9t\u00e9 doubl\u00e9e. Notre pays a organis\u00e9 en juin dernier une conf\u00e9rence de soutien \u00e0 l\u2019Afghanistan qui a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s remarquable puisqu\u2019elle a rassembl\u00e9 quelque 20 milliards de dollars d\u2019aide pour les prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr la situation reste difficile et dangereuse. Mais mesurons les progr\u00e8s accomplis : des<\/p>\n\n\n\n<p>institutions d\u00e9mocratiques avec de nouvelles \u00e9lections en 2009\/2010 ; la scolarisation de pr\u00e8s de 6 millions d\u2019enfants contre 800 000 en 2001 ; un syst\u00e8me de sant\u00e9 qui a permis de r\u00e9duire la mortalit\u00e9 infantile d\u2019un quart : ce sont 40 000 enfants sauv\u00e9s chaque ann\u00e9e ; dans tous les domaines, un progr\u00e8s sans pr\u00e9c\u00e9dent de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes ; des infrastructures restaur\u00e9es ; 4000 kilom\u00e8tres de routes construites\u2026 Qui croira que tout ceci aurait \u00e9t\u00e9 possible sans notre pr\u00e9sence militaire ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle serait l\u2019alternative ? Un retrait militaire serait suivi du retour des Talibans et d\u2019Al Qa\u00efda, et sans doute de la d\u00e9stabilisation du Pakistan voisin. Ce n\u2019est pas concevable. Soyons clairs : la France, membre permanent du Conseil de S\u00e9curit\u00e9, assumera ses responsabilit\u00e9s. Elle ne c\u00e8dera pas aux terroristes. Elle les combattra, partout o\u00f9 ils se trouvent, avec la conviction que le peuple afghan, appuy\u00e9 par ses alli\u00e9s, l\u2019emportera sur la barbarie et pourra progressivement y faire face par lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis notre premi\u00e8re rencontre, il y a un an jour pour jour, le monde a connu plusieurs \u00e9volutions majeures qui marquent, d\u2019une certaine fa\u00e7on, un changement d\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choix de rupture que j\u2019avais propos\u00e9s aux Fran\u00e7ais et qui sont mis en oeuvre depuis quinze mois s\u2019en trouvent, s\u2019il en \u00e9tait besoin, valid\u00e9s : dans un monde o\u00f9 tout change \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, la France doit changer profond\u00e9ment et rapidement si elle veut rester dans le peloton de t\u00eate, celui des nations qui font l\u2019Histoire au lieu de la subir.<\/p>\n\n\n\n<p>En France m\u00eame, le processus continu de r\u00e9formes sera poursuivi dans tous les domaines et au m\u00eame rythme. Ma d\u00e9termination est totale, comme l\u2019est celle du gouvernement. Nous n\u2019avons tout simplement pas le choix, et les Fran\u00e7ais l\u2019ont compris. Le monde aussi, qui constate que la France bouge, qu\u2019elle refuse le d\u00e9clin annonc\u00e9, et d\u00e9montre sa capacit\u00e9 \u00e0 se transformer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le repositionnement de la France sur l\u2019\u00e9chiquier mondial a \u00e9t\u00e9 conduit avec la m\u00eame d\u00e9termination, malgr\u00e9 les interrogations exprim\u00e9es ici ou l\u00e0. Quinze mois nous donnent un recul suffisant pour porter un jugement sur les effets de ces ruptures en politique \u00e9trang\u00e8re que j\u2019avais annonc\u00e9es pendant la campagne \u00e9lectorale. Je souhaite avec vous en \u00e9tablir un premier bilan dans cinq domaines majeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re rupture : la relation avec les Etats-Unis et l\u2019Alliance Atlantique.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai voulu situer, franchement et nettement, la France au sein de sa famille occidentale, restaurer une relation confiante avec le peuple et les dirigeants am\u00e9ricains et r\u00e9nover notre relation avec l\u2019Alliance Atlantique. Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les d\u00e9cennies de contrainte bipolaire, comme pendant la d\u00e9cennie de situation unipolaire, il \u00e9tait juste et souhaitable que notre pays marque sa diff\u00e9rence par rapport \u00e0 Washington. Mais nous sommes entr\u00e9s, depuis quelques ann\u00e9es, dans une p\u00e9riode radicalement diff\u00e9rente, qui va durer plusieurs d\u00e9cennies et que je qualifierai d\u2019 \u00ab \u00e8re des puissances relatives \u00bb. Non pas que les Etats-Unis aient perdu leurs formidables atouts ; mais l\u2019ascension fulgurante de la Chine, de l\u2019Inde, du Br\u00e9sil, le retour de la Russie cr\u00e9ent une situation nouvelle : aucun pays n\u2019est plus en mesure d\u2019imposer seul sa vision des choses ; les conditions objectives d\u2019un nouveau concert des grandes puissances existent mais celui-ci reste \u00e0 organiser. Comme reste \u00e0 inventer le nouvel ordre international dont le monde a<\/p>\n\n\n\n<p>besoin pour traiter les probl\u00e8mes globaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette p\u00e9riode de transition, o\u00f9 les rep\u00e8res s\u2019estompent, il m\u2019a paru n\u00e9cessaire d\u2019affirmer avec nettet\u00e9 o\u00f9 la France se situe et quels sont les valeurs et les int\u00e9r\u00eats qui, pour elle, sont essentiels.<\/p>\n\n\n\n<p>Je note que plus personne, aujourd\u2019hui, ne dit ou n\u2019\u00e9crit que, ce faisant, la France a ali\u00e9n\u00e9 son ind\u00e9pendance ou perdu sa souverainet\u00e9. Mais il reste, dans l\u2019esprit de certains, une inqui\u00e9tude : la France ne risque-t-elle pas de perdre une part de sa marge de manoeuvre ou de voir son image atteinte \u00e0 travers le monde ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis convaincu du contraire : la France, me semble-t-il, a gagn\u00e9 en cr\u00e9dibilit\u00e9 ; elle a accru sa marge d\u2019action et sa capacit\u00e9 d\u2019influence \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Sommet de l\u2019Otan de Bucarest, en avril dernier, en a offert un parfait exemple : pour la premi\u00e8re fois depuis la cr\u00e9ation de l\u2019Alliance, le Pr\u00e9sident des Etats-Unis a apport\u00e9 un soutien public, clair et net, au projet de D\u00e9fense europ\u00e9enne ; il l\u2019a fait parce qu\u2019il \u00e9tait convaincu qu\u2019en portant ce projet, la France ne souhaitait pas affaiblir l\u2019Alliance Atlantique, que les deux \u00e9taient compl\u00e9mentaires et non antagonistes. Les autorit\u00e9s polonaises et d\u2019autres r\u00e9put\u00e9es \u00ab atlantistes \u00bb, pour la m\u00eame raison, ont exprim\u00e9 leur soutien \u00e0 notre approche.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me rupture : notre positionnement au Proche-Orient.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien de fois n\u2019ai-je pas entendu exprimer une crainte que je pourrais r\u00e9sumer ainsi : \u00ab si vous affichez trop clairement l\u2019amiti\u00e9 de la France pour Isra\u00ebl, me disait-on, nous allons perdre nos relations privil\u00e9gi\u00e9es avec le monde arabe\u2026 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 convaincu que c\u2019\u00e9tait le contraire qui \u00e9tait vrai. Restaurer une relation de confiance, forte et durable, avec les dirigeants et le peuple isra\u00e9liens \u00e9tait, \u00e0 mes yeux, naturel et la condition m\u00eame d\u2019un regain d\u2019influence de la France au Proche-Orient. D\u2019abord parce qu\u2019on ne peut pas contribuer \u00e0 la paix si l\u2019on n\u2019a pas la confiance des deux parties concern\u00e9es. Ensuite, parce qu\u2019on peut dire bien des choses lorsque l\u2019on est re\u00e7u en ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours que j\u2019ai prononc\u00e9 \u00e0 la Knesset contenait plusieurs messages difficiles \u00e0 entendre pour une bonne partie des d\u00e9put\u00e9s et du peuple isra\u00e9liens. Pourtant l\u2019accueil fut des plus chaleureux, en Isra\u00ebl, mais aussi parmi les Palestiniens et dans tout le monde arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>A une semaine de la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise de l\u2019Union, au moment o\u00f9 la France s\u2019appr\u00eatait \u00e0 rentrer dans le Quartet, il \u00e9tait important que notre pays exprime avec force et clart\u00e9 son message, le m\u00eame pour les deux parties : un message d\u2019amiti\u00e9, un message d\u2019engagement, un message de v\u00e9rit\u00e9 sur les conditions de la paix.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre \u00e9volution majeure : nos relations avec la Syrie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un an j\u2019avais affirm\u00e9 l\u2019importance de la r\u00e9conciliation avec tous ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 \u00e9voluer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons commenc\u00e9 avec la Libye et nous avons poursuivi avec la Syrie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 encore, que n\u2019ai-je pas entendu ! A en croire certains, y compris \u00e0 Washington soit dit en passant, la seule option offerte \u00e0 notre diplomatie \u00e9tait l\u2019isolement de ce pays. J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 m\u2019engager dans une autre voie, plus risqu\u00e9e c\u2019est vrai, mais plus prometteuse : celle d\u2019un dialogue dans la clart\u00e9 d\u00e9bouchant sur des progr\u00e8s tangibles. Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile et l\u2019absence d\u2019avanc\u00e9e m\u2019a conduit, le 30 d\u00e9cembre dernier, \u00e0 suspendre tout dialogue jusqu\u2019au d\u00e9veloppement que nous attendions, avec la Ligue Arabe : l\u2019\u00e9lection au Liban du Pr\u00e9sident Sleimane.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon entretien avec le Pr\u00e9sident Bachar Al Assad, le 12 juillet \u00e0 Paris, a permis d\u2019enregistrer deux nouvelles avanc\u00e9es : l\u2019annonce solennelle de l\u2019\u00e9tablissement de relations diplomatiques, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, entre Beyrouth et Damas ; et la d\u00e9cision de la Syrie de voir, le moment venu, la France co-parrainer avec les Etats-Unis la n\u00e9gociation directe syro-isra\u00e9lienne comme la mise en oeuvre de l\u2019accord de paix qui en r\u00e9sultera, y compris pour les arrangements de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 encore, la relation de confiance restaur\u00e9e avec l\u2019autre partenaire de la paix, Isra\u00ebl, comme avec les Etats-Unis, a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur : c\u2019est aussi parce que la Syrie sait que nous avons d\u00e9sormais les meilleurs rapports avec ces deux pays que Damas a voulu voir la France assumer, le moment venu, cette responsabilit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent. Je me rendrai en Syrie les 3 et 4 septembre pour poursuivre, sur ces dossiers et d\u2019autres, ce dialogue utile.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon espoir est que, dans un d\u00e9lai pas trop lointain, le Liban et Isra\u00ebl voudront \u00e0 leur tour engager des discussions indirectes et que la France pourra contribuer \u00e0 leur succ\u00e8s, \u00e0 la demande des deux parties.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la validation la plus \u00e9clatante du nouveau cours de notre politique au Proche-Orient est venue avec le sommet de l\u2019Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e, les 13 et 14 juillet. Lors du 10\u00e8me&nbsp;anniversaire du processus de Barcelone, un seul dirigeant arabe avait accept\u00e9 de faire le d\u00e9placement : le Pr\u00e9sident Mahmoud Abbas. A Paris, tous les pays arabes invit\u00e9s, sauf un, \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s au niveau des chefs d\u2019Etat ou de Gouvernement. Fait sans pr\u00e9c\u00e9dent : tous \u00e9taient assis, avec le Premier Ministre d\u2019Isra\u00ebl et les dirigeants europ\u00e9ens, autour de la m\u00eame table ronde. Ce grand projet est maintenant une r\u00e9alit\u00e9 et la France, avec la co-pr\u00e9sidence \u00e9gyptienne, fera tout pour que les quatre r\u00e9unions minist\u00e9rielles qui se succ\u00e8deront \u00e0 l\u2019automne permettent la mise en oeuvre rapide des six projets ambitieux adopt\u00e9s le 13 juillet.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me rupture : l\u2019Union Europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>On a beaucoup glos\u00e9 sur les tensions franco-allemandes, notamment \u00e0 propos du projet d\u2019Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e. Il n\u2019est pas anormal, sur des dossiers majeurs, que les positions de nos deux pays soient, au d\u00e9part, diff\u00e9rentes. L\u2019important, c\u2019est la volont\u00e9 qui nous anime de parvenir \u00e0 un bon compromis. C\u2019est ce que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 faire, sur ce sujet comme sur beaucoup d\u2019autres et, apr\u00e8s une p\u00e9riode de rodage, l\u2019entente franco-allemande, qui demeure indispensable, est plus forte que jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la rupture est ailleurs. Lorsque j\u2019ai pris mes fonctions, la France \u00e9tait sur le banc de touche de l\u2019Europe. Du fait du r\u00e9f\u00e9rendum de 2005, mais pas seulement : notre pays en \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 une pratique du jeu europ\u00e9en qui avait peut-\u00eatre ses m\u00e9rites il y a vingt ans, mais qui \u00e9tait en d\u00e9calage par rapport aux r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai voulu d\u2019embl\u00e9e instaurer une collaboration \u00e9troite et confiante avec la Commission et son remarquable Pr\u00e9sident, comme avec le Parlement europ\u00e9en, son Pr\u00e9sident et les dirigeants des groupes parlementaires que j\u2019ai re\u00e7us individuellement \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e, dans une d\u00e9marche sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame esprit, j\u2019ai engag\u00e9 un dialogue syst\u00e9matique avec tous nos partenaires. Je pense en particulier au Royaume-Uni, dont je suis convaincu qu\u2019il a un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer pour moderniser notre Europe ; je pense encore aux pays d\u2019Europe centrale et orientale, avec lesquels nos relations s\u2019\u00e9taient distendues alors m\u00eame que beaucoup d\u2019entre eux partagent notre vision d\u2019une Europe plus politique et plus volontariste. Car dans une Europe \u00e0 27, chacun doit pouvoir faire entendre sa voix, doit se sentir \u00e9cout\u00e9 et respect\u00e9. C\u2019est la condition de tout accord, et c\u2019est ainsi que nous avons pu parvenir \u00e0 la signature du Trait\u00e9 de Lisbonne. C\u2019est dans ce m\u00eame esprit d\u2019\u00e9coute attentive que je me suis rendu \u00e0 Dublin en juillet.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais, devant vous, remercier Fran\u00e7ois Fillon, Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, tous les responsables parisiens comme tous les Ambassadeurs concern\u00e9s. Ils ont pr\u00e9par\u00e9 la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise avec m\u00e9thode, ambition, mais surtout avec cette volont\u00e9 d\u2019\u00e9coute et de dialogue sans laquelle aucun succ\u00e8s n\u2019est possible. Aujourd\u2019hui la France est \u00e0 nouveau au coeur du jeu europ\u00e9en, et elle joue collectif !<\/p>\n\n\n\n<p>Quatri\u00e8me rupture : l\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a d\u2019abord un proc\u00e8s que je r\u00e9cuse, celui de la \u00ab Fran\u00e7afrique \u00bb, s\u2019il s\u2019agit de mettre en cause les liens que la France et ses anciennes colonies ont souhait\u00e9 maintenir apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, \u00e0 la diff\u00e9rence du Royaume-Uni, du Portugal ou de l\u2019Espagne. C\u2019est l\u2019honneur de la France que d\u2019avoir su accompagner, \u00e0 leur demande, ces nouveaux Etats, avec une aide massive et multiforme. La France est fid\u00e8le en amiti\u00e9. Elle assume sans complexes les liens que l\u2019Histoire a tiss\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps, il faut reconna\u00eetre un vrai probl\u00e8me de perception, notamment au sein des jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui sont l\u2019avenir du continent. L\u2019enqu\u00eate que nos Ambassadeurs en Afrique ont conduite \u00e0 ma demande, et je les en remercie, a illustr\u00e9, sans fard, l\u2019image d\u2019une France qui exploiterait \u00e0 son seul profit les ressources du continent \u00e0 travers des r\u00e9seaux ind\u00e9boulonnables.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques contredisent totalement ces perceptions, et je vous demande de les faire conna\u00eetre et reconna\u00eetre. Mais en politique, les perceptions sont importantes. Il faut en tenir compte et corriger ce qui peut \u00eatre source de malentendus. C\u2019est tout le sens du discours que j\u2019ai prononc\u00e9 devant le Parlement sud-africain, au Cap le 28 f\u00e9vrier dernier, en soulignant l\u2019urgente n\u00e9cessit\u00e9 de moderniser nos outils d\u2019aide au d\u00e9veloppement pour soutenir en priorit\u00e9 le secteur priv\u00e9 ; en marquant notre volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des partenariats solides avec l\u2019Afrique du Sud, l\u2019Angola, le Nig\u00e9ria, sans pour autant n\u00e9gliger nos amis de toujours ; en affirmant enfin l\u2019importance de notre relation avec un continent dont la paix, le d\u00e9veloppement et la prosp\u00e9rit\u00e9, mais aussi les \u00e9checs, seront \u00e9galement les n\u00f4tres en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des mots, j\u2019ai voulu \u00e9tayer cette nouvelle politique africaine par des actes : c\u2019est, apr\u00e8s discussion avec nos partenaires concern\u00e9s, la r\u00e9vision syst\u00e9matique de nos accords de d\u00e9fense et la r\u00e9duction de nos implantations militaires. Il s\u2019agit de les adapter \u00e0 notre vocation d\u2019aujourd\u2019hui qui est la formation d\u2019unit\u00e9s r\u00e9gionales africaines de maintien de la paix. C\u2019est le strict respect de nos engagements, mais sans intervention dans les conflits internes, comme nous l\u2019avons d\u00e9montr\u00e9 en f\u00e9vrier dernier au Tchad. C\u2019est la coop\u00e9ration avec l\u2019ONU, l\u2019Union Africaine et les organisations sous-r\u00e9gionales pour le r\u00e8glement des conflits, comme pour la d\u00e9fense et la promotion des principes que les Africains eux-m\u00eames ont adopt\u00e9s : refus des coups d\u2019Etat, affirmation de la d\u00e9mocratie et des droits de l\u2019Homme. Notre r\u00f4le r\u00e9cent en Mauritanie en offre une parfaite illustration.<\/p>\n\n\n\n<p>Cinqui\u00e8me et derni\u00e8re rupture : les droits de l\u2019Homme, justement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais dit que ce serait une priorit\u00e9 de notre politique \u00e9trang\u00e8re. Et c\u2019est bien une priorit\u00e9, une pr\u00e9occupation de tous les instants. Et pourtant, que n\u2019ai-je pas entendu ! Je respecte et je soutiens ceux qui s\u2019engagent sur le terrain et qui, par leur parole, par leur t\u00e9moignage, jouent un r\u00f4le irrempla\u00e7able d\u2019alerte et de pression. Je leur demande simplement de comprendre qu\u2019un Chef d\u2019Etat, ou un Ministre des Affaires Etrang\u00e8res, est dans une situation diff\u00e9rente, impliquant des modes d\u2019action qui, pour \u00eatre diff\u00e9rents, n\u2019en sont pas moins respectables.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Bernard Kouchner, nous avons d\u00e9cid\u00e9 que la France devait bien davantage s\u2019engager dans la recherche d\u2019une solution au Darfour, qui est sans doute aujourd\u2019hui la pire des trag\u00e9dies auxquelles le monde est confront\u00e9. D\u2019o\u00f9 la conf\u00e9rence de Paris d\u00e8s le mois de juin de l\u2019an dernier ; d\u2019o\u00f9 les efforts en cours pour renouer les fils d\u2019un dialogue sans lequel il n\u2019y aura pas de solution politique durable ; d\u2019o\u00f9 le d\u00e9ploiement \u00e0 notre initiative de la force europ\u00e9enne sur la fronti\u00e8re du Tchad pour prot\u00e9ger des centaines de milliers de r\u00e9fugi\u00e9s et de d\u00e9plac\u00e9s. Ce qui est en cause, c\u2019est la stabilit\u00e9 de la r\u00e9gion tout enti\u00e8re. Ce qui est en cause, c\u2019est la vie de millions d\u2019\u00eatre humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Partout o\u00f9 les troupes fran\u00e7aises sont d\u00e9ploy\u00e9es en op\u00e9rations, de l\u2019Afghanistan \u00e0 la C\u00f4te d\u2019Ivoire, du Liban au Kosovo, c\u2019est bien pour y promouvoir la paix, la d\u00e9mocratie, les libert\u00e9s !<\/p>\n\n\n\n<p>Reste, sur cette question essentielle des droits de l\u2019Homme, un d\u00e9bat difficile concernant les modalit\u00e9s d\u2019une action efficace. Je veux, ici, vous livrer, \u00e0 titre d\u2019exemple, le fond de ma pens\u00e9e au sujet de deux pays : la Russie et la Chine. Tous les t\u00e9moignages le confirment, les citoyens de ces deux pays apportent un large soutien \u00e0 leurs dirigeants. Non pas qu\u2019ils ignorent le chemin qui reste \u00e0 parcourir dans le domaine des libert\u00e9s et de la d\u00e9mocratie. Mais parce qu\u2019ils consid\u00e8rent que ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli en termes de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et humain est remarquable et leur a rendu leur fiert\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce \u00e0 dire que nous devons nous abstenir d\u2019y parler des droits de l\u2019Homme ou renoncer \u00e0 leur caract\u00e8re universel ? Non, bien s\u00fbr ! En me rendant \u00e0 Moscou le 12 ao\u00fbt pour obtenir l\u2019arr\u00eat des combats en G\u00e9orgie, n\u2019est-ce pas le sort de dizaines de milliers d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants qui \u00e9tait dans la balance ? Et je crois \u00eatre le premier Pr\u00e9sident fran\u00e7ais \u00e0 avoir publiquement affirm\u00e9, devant mon homologue chinois, en conf\u00e9rence de presse, nos positions sur la peine de mort et la libert\u00e9 des m\u00e9dias. Mais nous devons aborder ces sujets difficiles, et notamment celui des minorit\u00e9s, sur un mode qui conduit \u00e0 des r\u00e9sultats tangibles et positifs, et non \u00e0 une confrontation st\u00e9rile.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019oublions pas que c\u2019est aussi avec ces deux pays que nous traitons de probl\u00e8mes aussi lourds que ceux du Darfour ou de l\u2019Afghanistan, de l\u2019Iran ou de l\u2019\u00e9conomie mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe un chemin. Je continuerai \u00e0 le suivre, avec pour seul souci d\u2019obtenir des r\u00e9sultats, mais sans cr\u00e9er un antagonisme durable qui ne servirait aucune cause, et s\u00fbrement pas celle des droits de l\u2019Homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, pour moi, une vie est une vie, et je suis fier d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration des infirmi\u00e8res bulgares en n\u00e9gociant avec le colonel Khadafi; comme \u00e0 celle d\u2019Ingrid Betancourt et de plusieurs otages de Colombie en parlant au Pr\u00e9sident Uribe bien s\u00fbr, mais aussi au Pr\u00e9sident Chavez. Et je me battrai jusqu\u2019\u00e0 la lib\u00e9ration du soldat Shalit. On m\u2019a parfois demand\u00e9 pourquoi je mettais un tel acharnement \u00e0 obtenir ces lib\u00e9rations d\u2019otages. Mais parce qu\u2019il s\u2019agit des droits de l\u2019Homme, tout simplement ! Mon devoir de Pr\u00e9sident, et d\u2019\u00eatre humain, \u00e9tait et demeure de n\u2019\u00e9pargner aucun effort pour les sortir de leur enfer.<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous le disais, l\u2019ann\u00e9e que nous venons de vivre a marqu\u00e9, \u00e0 mes yeux, un changement d\u2019\u00e9poque. Permettez-moi d\u2019y revenir et de vous dire pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse que je vous proposais l\u2019an dernier de la mondialisation et des principaux d\u00e9fis auxquels la France est confront\u00e9e reste valable.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant trois facteurs ont combin\u00e9 leurs effets pour changer la donne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier facteur qui a marqu\u00e9 l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e est naturellement la crise financi\u00e8re qui a d\u00e9but\u00e9 avec le scandale des \u00ab subprimes \u00bb, les fautes graves \u2013mais toujours impunies- des agences de notation et, d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les exc\u00e8s d\u2019un capitalisme financier qui a connu de s\u00e9rieuses d\u00e9rives : dissimulation des risques, sophistication incontr\u00f4l\u00e9e des instruments financiers, lacunes de la r\u00e9gulation et persistance de paradis fiscaux captant une partie de l\u2019\u00e9pargne mondiale qui serait plus justement employ\u00e9e \u00e0 financer les investissements et la croissance. Le co\u00fbt de ces errements pour le syst\u00e8me bancaire international sera \u00e0 terme, selon le FMI, de l\u2019ordre de 1.000 milliards de dollars. Mais le co\u00fbt pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle sera bien plus \u00e9lev\u00e9 encore. Alors que les pr\u00e9c\u00e9dentes crises financi\u00e8res avaient eu pour principaux \u00e9picentres les pays \u00e9mergents, c\u2019est d\u00e9sormais le coeur du capitalisme mondial qui est atteint, avec la perspective, si nous ne faisons rien, d\u2019une d\u00e9connexion durable de la croissance des pays de l\u2019OCDE avec celle des pays \u00e9mergents, pour l\u2019instant moins touch\u00e9s. C&rsquo;est pourquoi il nous faut, d&rsquo;abord, continuer \u00e0 tout faire au niveau de l&rsquo;Union pour favoriser la croissance de l&rsquo;\u00e9conomie europ\u00e9enne. R\u00e9tablir la confiance passe par la consolidation du secteur financier europ\u00e9en et une action r\u00e9solue pour renforcer la transparence, la responsabilit\u00e9 et la supervision des acteurs. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;Union apportera la contribution la plus efficace \u00e0 l&rsquo;effort qui doit \u00eatre poursuivi de mani\u00e8re plus large avec ses partenaires pour corriger les d\u00e9faillances et les lacunes du syst\u00e8me financier international.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me facteur qui a chang\u00e9 la donne depuis un an est l\u2019explosion des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res qui sont, globalement, \u00e0 leur plus haut niveau depuis la seconde guerre mondiale. Les raisons en sont nombreuses et connues. Je ne m\u2019y \u00e9tends pas. Ce qui importe ici est de mesurer les cons\u00e9quences de ce choc profond, au-del\u00e0 de son effet r\u00e9cessif sur la croissance mondiale. Et surtout de d\u00e9terminer les actions \u00e0 entreprendre pour en corriger les effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux d\u2019abord parler des produits agricoles. Il est choquant de constater que le monde s\u2019est laiss\u00e9 surprendre par ce que toutes les donn\u00e9es statistiques nous annon\u00e7aient. Alors qu\u2019il faut nourrir chaque ann\u00e9e 50 millions de personnes suppl\u00e9mentaires, alors que les pays \u00e9mergents modifient rapidement leurs habitudes alimentaires, la production mondiale n\u2019a pas suivi. Avec l\u2019augmentation du co\u00fbt des intrants, l\u2019explosion des prix devenait une certitude. Nous en avons vu les r\u00e9sultats : une trentaine de pays ont d\u00fb faire face \u00e0 des \u00e9meutes de la faim, de Ha\u00efti \u00e0 la Guin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors du sommet de la FAO, \u00e0 Rome le 3 juin, j\u2019ai propos\u00e9 un plan en trois points qui a \u00e9t\u00e9 repris par toute la communaut\u00e9 internationale et qu\u2019il faut mettre en oeuvre avec d\u00e9termination : cr\u00e9ation d\u2019un groupe des meilleurs experts, \u00e0 l\u2019image du GIEC pour le climat, pour disposer de pr\u00e9visions fiables par produit et par r\u00e9gion; sur ces bases, adoption d\u2019une strat\u00e9gie mondiale mise en oeuvre de fa\u00e7on coh\u00e9rente par toutes les institutions internationales concern\u00e9es, de la FAO \u00e0 l\u2019OMC en passant par le FMI; enfin mobilisation des capacit\u00e9s financi\u00e8res existantes, par le r\u00e9investissement de la Banque Mondiale et des banques r\u00e9gionales dans le d\u00e9veloppement agricole, notamment en Afrique, et l\u2019appel aux investisseurs de long terme, comme les fonds souverains. Sur ce dossier majeur, je souhaite que la France reste en initiative.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019agissant du prix des hydrocarbures, chacun en est conscient d\u00e9sormais, nous sommes entr\u00e9s, d\u00e9finitivement, dans l\u2019\u00e8re de l\u2019\u00e9nergie rare et ch\u00e8re. Les prix continueront de fluctuer autour d\u2019une tendance haussi\u00e8re de long terme et les d\u00e9cennies \u00e0 venir seront marqu\u00e9es par deux contraintes incontournables : sortir d\u2019une \u00e9conomie fond\u00e9e sur les hydrocarbures ; am\u00e9liorer l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019\u00e9conomie mondiale. C\u2019est un immense effort qui reste pour l\u2019essentiel \u00e0 accomplir.<\/p>\n\n\n\n<p>2008 marque, de ce point de vue, le d\u00e9but d\u2019un vrai changement d\u2019\u00e9poque, qui verra notamment des dizaines de pays suivre la voie que la France a choisie de longue date, celle du nucl\u00e9aire civil.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me facteur, qui est d\u2019ordre politique, est la confirmation d\u2019une tendance lourde au sein des pays \u00e9mergents et en Russie : \u00e0 mesure que s\u2019affirment leurs succ\u00e8s \u00e9conomiques, ces pays vivent un regain de nationalisme. On l\u2019a vu en Chine \u00e0 l\u2019occasion des Jeux Olympiques, v\u00e9cus comme la cons\u00e9cration du retour pacifique de ce pays au premier rang, apr\u00e8s un si\u00e8cle et demi de difficult\u00e9s et d\u2019humiliations ; on le voit en Inde, dont les grands groupes partent \u00e0 la conqu\u00eate du monde ; on le voit en Russie, o\u00f9 le traumatisme des ann\u00e9es 1990 d\u00e9bouche malheureusement sur une volont\u00e9 de restauration que certains qualifient d\u2019imp\u00e9riale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cartes de la puissance \u00e9conomique et politique sont redistribu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Des strat\u00e9gies d\u2019exportation ou de contr\u00f4le des approvisionnements de mati\u00e8res premi\u00e8res modifient profond\u00e9ment le fonctionnement des march\u00e9s mondiaux. Les flux commerciaux et financiers se red\u00e9ploient. Les pays \u00e9mergents repr\u00e9sentent d\u00e9sormais la moiti\u00e9 de la croissance mondiale. En 2007, la Chine a d\u00e9pass\u00e9 les Etats-Unis comme deuxi\u00e8me exportateur mondial. Alors que la population en \u00e2ge de travailler des Etats-Unis, du Japon et de l\u2019Union Europ\u00e9enne repr\u00e9sente au total 500 millions de personnes, ce sont 2,3 milliards de travailleurs des pays \u00e9mergents qui rentrent progressivement dans un march\u00e9 du travail globalis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Forts de cette nouvelle donne \u00e9conomique, les pays \u00e9mergents et la Russie veulent int\u00e9grer ce nouveau concert des grandes puissances, mais \u00e0 leurs conditions. Le temps est r\u00e9volu o\u00f9 l\u2019Occident donnait seul le ton, servait de r\u00e9f\u00e9rence et imposait sa vision. Un exemple parmi d\u2019autres : l\u2019OMC.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des cycles de n\u00e9gociation pr\u00e9c\u00e9dents, quand les Etats-Unis et l\u2019Union europ\u00e9enne parvenaient \u00e0 une entente, tous les autres acteurs n\u2019avaient d\u2019autre choix que de se rallier \u00e0 l\u2019accord conclu. En juillet, \u00e0 Gen\u00e8ve, l\u2019\u00e9chec a \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9 lorsque l\u2019Inde a refus\u00e9 de c\u00e9der aux exigences am\u00e9ricaines, suscitant le d\u00e9sarroi du Br\u00e9sil qui souhaitait un accord. Sept ann\u00e9es de n\u00e9gociation dans le cadre du cycle de Doha pour aboutir \u00e0 ce constat ! Faut-il continuer sans rien changer ? Ne faut-il pas, plut\u00f4t, envisager une r\u00e9union des principaux chefs d\u2019Etat concern\u00e9s pour r\u00e9fl\u00e9chir aux moyens de sortir de ce blocage et, pour l\u2019avenir, aux am\u00e9nagements \u00e0 apporter aux modalit\u00e9s m\u00eames des n\u00e9gociations commerciales multilat\u00e9rales ? La France s\u2019est toujours prononc\u00e9e pour la libert\u00e9 du commerce. Elle souhaite que l\u2019Europe, qui est l\u2019ensemble le plus ouvert du monde, soit en initiative, sans na\u00efvet\u00e9 et dans un esprit de r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le nouveau concert des puissances, l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral passe loin derri\u00e8re la d\u00e9fense vigoureuse des priorit\u00e9s nationales. Les g\u00e9ants \u00e9mergents ont d\u00e9sormais les moyens de se faire entendre mais le r\u00e9flexe est celui du chacun pour soi. La recherche de compromis satisfaisants sur les sujets globaux, de l\u2019environnement \u00e0 l\u2019\u00e9nergie ou \u00e0 la stabilit\u00e9 financi\u00e8re, est devenue beaucoup plus difficile. C\u2019est un fait que nous devons prendre en compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Que conclure de ces trois d\u00e9veloppements qui ont marqu\u00e9 l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e et comportent des risques majeurs ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la France, deux r\u00e9ponses compl\u00e9mentaires s\u2019imposent avec la force de l\u2019\u00e9vidence : il faut \u00e0 la fois renforcer l\u2019Europe, indispensable acteur global, et relancer avec d\u00e9termination les initiatives sur la gouvernance mondiale. Face aux d\u00e9fis du XXI\u00e8me si\u00e8cle, nous ne pouvons plus nous appuyer sur les institutions internationales du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment convaincre les puissances \u00e9mergentes de jouer collectif si on ne les associe pas au jeu ? La r\u00e9forme du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 doit \u00eatre relanc\u00e9e et la France soutient le principe d\u2019une solution int\u00e9rimaire. La transformation du G8 en G13 ou, mieux, en G14 pour permettre la participation d\u2019un pays arabe, est en bonne voie : sous l\u2019impulsion de la France, le prochain sommet du G8 se tiendra, pour plus de la moiti\u00e9 du temps, en format G13.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est un autre grand chantier que nous devons ouvrir si nous voulons disposer au XXI\u00e8me si\u00e8cle des outils de ce \u00ab multilat\u00e9ralisme efficace \u00bb plus que jamais n\u00e9cessaire pour r\u00e9gler les probl\u00e8mes globaux de notre temps. De quoi s\u2019agit-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la cr\u00e9ation du syst\u00e8me des Nations Unies et des institutions de Bretton Woods au lendemain de la guerre, le nombre des Etats a quadrupl\u00e9 et celui des organisations internationales a d\u00e9cupl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, les m\u00eames Etats cr\u00e9ent du droit et adoptent des d\u00e9cisions dans chacune de ces institutions sans se pr\u00e9occuper de leur coh\u00e9rence d\u2019ensemble \u2013ou m\u00eame de leur compatibilit\u00e9-. En un mot, le syst\u00e8me international est fragment\u00e9 au point que nulle part n\u2019existe une vision d\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exemple de l\u2019OMC est \u00e9clairant. Non seulement il est devenu de plus en plus difficile, d\u2019un cycle de n\u00e9gociation \u00e0 l\u2019autre, de trouver le chemin d\u2019un compromis global acceptable pour tous. Mais de surcro\u00eet, personne ne se pose la question de savoir si les choix n\u00e9goci\u00e9s sur l\u2019agriculture, par exemple, permettront de r\u00e9pondre au diagnostic alarmant pos\u00e9 dans le cadre de la FAO, et seront coh\u00e9rents avec les strat\u00e9gies d\u00e9velopp\u00e9es par la Banque Mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00eames Etats participent \u00e0 ces diff\u00e9rentes organisations. Mais il n\u2019existe pas encore d\u2019instances de r\u00e9flexion et d\u2019arbitrage capables de veiller \u00e0 la coh\u00e9rence d\u2019ensemble du syst\u00e8me multilat\u00e9ral, et surtout \u00e0 la pertinence des orientations retenues. A l\u2019\u00e9vidence, pour les questions de s\u00e9curit\u00e9, c\u2019est le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 \u00e9largi qui aura, plus encore qu\u2019aujourd\u2019hui, vocation \u00e0 \u00eatre l\u2019organe de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les sujets \u00e9conomiques et les dossiers globaux, je ne vois que le futur G13\/G14 comme lieu informel mais efficace d\u2019arbitrage, de mise en coh\u00e9rence, et d\u2019impulsion. C\u2019est dire l\u2019importance de cette transformation progressive du G8 en G13\/G14.<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce dossier de la gouvernance mondiale du XXI\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019Union Europ\u00e9enne peut \u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence et un acteur majeur. Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e8re des \u00ab puissances relatives \u00bb dans laquelle nous sommes entr\u00e9s et les insuffisances d\u2019un syst\u00e8me multilat\u00e9ral fragment\u00e9 sont porteuses de risques d\u2019instabilit\u00e9, de rivalit\u00e9s, d\u2019affrontements. Mais cette nouvelle donne peut aussi d\u00e9boucher sur une coop\u00e9ration plus solide et plus durable si elle est fond\u00e9e sur des principes partag\u00e9s et sur des compromis \u00e9labor\u00e9s en commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, depuis cinq d\u00e9cennies, les Europ\u00e9ens ont appris \u00e0 pratiquer entre eux cette n\u00e9cessaire coop\u00e9ration entre \u00ab puissances relatives \u00bb. B\u00e2tir ensemble, rechercher chaque jour des solutions qui prennent en compte les int\u00e9r\u00eats de chacun pour les d\u00e9passer dans une action collective est devenu une seconde nature chez les Europ\u00e9ens. C\u2019est ainsi que nous avons \u00e9tabli le march\u00e9 unique, cr\u00e9\u00e9 l\u2019euro, n\u00e9goci\u00e9 le trait\u00e9 de Lisbonne. Je crois qu\u2019il revient aux Europ\u00e9ens de proposer au monde cette d\u00e9marche coop\u00e9rative. Aujourd\u2019hui, les notions d\u2019ennemi ou d\u2019adversaire n\u2019ont plus cours entre les grandes puissances. Toute la question<\/p>\n\n\n\n<p>est de savoir s\u2019il est possible de faire pr\u00e9valoir sur les id\u00e9es de concurrence et de rivalit\u00e9 celles de partenariat responsable et d\u2019harmonie.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore faut-il que l\u2019Europe elle-m\u00eame se dote des institutions dont elle a besoin pour assumer ses responsabilit\u00e9s, celles d\u2019un acteur global. C\u2019est l\u2019un des principaux m\u00e9rites du trait\u00e9 de Lisbonne, avec la cr\u00e9ation d\u2019un pr\u00e9sident stable du Conseil europ\u00e9en agissant en concertation \u00e9troite avec les chefs d\u2019Etat et de gouvernement de l\u2019Union, et celle d\u2019un Haut Repr\u00e9sentant dot\u00e9 d\u2019un v\u00e9ritable service diplomatique europ\u00e9en, appuy\u00e9 par les moyens financiers du budget communautaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que Pr\u00e9sident du Conseil Europ\u00e9en, mon devoir est de tout faire pour rassembler la famille europ\u00e9enne. Le peuple irlandais a droit \u00e0 notre \u00e9coute et \u00e0 notre respect. Dans le m\u00eame temps, nous avons tous besoin du trait\u00e9 de Lisbonne. Avec le Premier Ministre Brian Cowen, nous allons identifier les garanties qui puissent permettre \u00e0 l\u2019Europe de franchir cette nouvelle \u00e9tape de sa construction. Si n\u00e9cessaire, je retournerai \u00e0 Dublin.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise en G\u00e9orgie a montr\u00e9, pour la premi\u00e8re fois, que l\u2019Europe pouvait, si elle le voulait, se porter en premi\u00e8re ligne d\u00e8s le d\u00e9but d\u2019un conflit pour rechercher une solution de paix. La mission premi\u00e8re de l\u2019Union n\u2019est-telle pas d\u2019assurer la paix et de prot\u00e9ger les Europ\u00e9ens ? Ce qui est en cause dans ce conflit est absolument essentiel. Son issue d\u00e9terminera pour longtemps la relation de l\u2019Union avec la Russie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les Europ\u00e9ens, il ne peut y avoir et il n\u2019y aura de solution que fond\u00e9e sur le droit ; sur un dialogue incluant toutes les parties prenantes ; enfin sur le respect de la souverainet\u00e9, de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale de la G\u00e9orgie dans ses fronti\u00e8res internationalement reconnues.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accord de cessez-le-feu en 6 points du 12 ao\u00fbt qui porte la signature du Pr\u00e9sident Medvedev, celle du Pr\u00e9sident Saakachvili, et la mienne, doit \u00eatre appliqu\u00e9 en totalit\u00e9. Les forces militaires qui ne se sont pas encore retir\u00e9es sur les lignes ant\u00e9rieures au d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s doivent faire mouvement sans d\u00e9lai. Le m\u00e9canisme international qui doit remplacer les patrouilles russes autour de l\u2019Oss\u00e9tie du Sud doit \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9 rapidement. Les discussions internationales, pr\u00e9vues au point 6 de l\u2019accord, sur les modalit\u00e9s de la s\u00e9curit\u00e9 et de la stabilit\u00e9 en Abkhazie et en Oss\u00e9tie du Sud doivent s\u2019ouvrir d\u00e8s que possible. Dans ce contexte, l\u2019Union europ\u00e9enne a fermement condamn\u00e9 hier la d\u00e9cision de reconnaissance par la Russie de l\u2019ind\u00e9pendance de ces deux territoires. Cette d\u00e9cision, qui vise \u00e0 un changement unilat\u00e9ral des fronti\u00e8res de la G\u00e9orgie, est tout simplement inacceptable.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus fondamentalement, il nous a fallu en Europe des si\u00e8cles d\u2019affrontements et deux guerres mondiales pour comprendre que la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 se construisent avec des voisins dont les int\u00e9r\u00eats sont respect\u00e9s et pris en compte. Cette d\u00e9marche, c\u2019est celle que l\u2019Europe propose \u00e0 la Russie et \u00e0 tous les Etats europ\u00e9ens non membres de l\u2019Union : ensemble nous pouvons b\u00e2tir un avenir de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne ne souhaite en revenir au temps de la guerre froide. L\u2019OTAN n\u2019est pas un adversaire mais un partenaire de la Russie. Quant \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, elle a la volont\u00e9 de construire avec ce pays une relation dense et positive. Il appartient aujourd\u2019hui \u00e0 la Russie de faire un choix fondamental.<\/p>\n\n\n\n<p>La France, avec ses partenaires de l\u2019Union, a d\u00e9montr\u00e9 par ses initiatives combien elle souhaitait que ce choix soit celui de l\u2019entente et de la coop\u00e9ration, celui du respect des principes de la charte de l\u2019ONU et de l\u2019OSCE. Le Conseil europ\u00e9en du 1er&nbsp;septembre sera l\u2019occasion pour les 27 pays de l\u2019Union de d\u00e9finir une ligne commune sur ce dossier essentiel. Le deuxi\u00e8me cercle de notre voisinage est naturellement celui de la M\u00e9diterran\u00e9e et du Moyen-Orient.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 le lancement de l\u2019Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e ; je n\u2019y reviens pas, sinon pour<\/p>\n\n\n\n<p>souligner qu\u2019\u00e0 mes yeux ce qui s\u2019y joue est aussi important que ce que nous souhaitons accomplir sur le sol europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est un autre dossier o\u00f9 l\u2019Europe a pris l\u2019initiative et continue de jouer un r\u00f4le majeur : l\u2019Iran. D\u00e8s 2003, l\u2019Allemagne, le Royaume-Uni et la France, avec le Haut Repr\u00e9sentant, ont d\u00e9fini, au nom de l\u2019Europe, une strat\u00e9gie de dialogue et de sanctions, fond\u00e9e sur une conviction : la communaut\u00e9 internationale ne peut pas accepter que l\u2019Iran se dote de l\u2019arme nucl\u00e9aire. Rejoints par les Etats-Unis, la Russie et la Chine, les Europ\u00e9ens doivent maintenir le cap avec fermet\u00e9 et d\u00e9termination et, faute de r\u00e9ponse de l\u2019Iran, accro\u00eetre les sanctions dans tous les domaines. Pour deux raisons : personne n\u2019a de meilleure strat\u00e9gie \u00e0 proposer et si nous devions \u00e9chouer, chacun conna\u00eet l\u2019alternative catastrophique devant laquelle nous serions plac\u00e9s et que je r\u00e9sumais l\u2019an dernier en quelques mots : la bombe iranienne ou le bombardement de l\u2019Iran.<\/p>\n\n\n\n<p>Je souhaite que le dialogue se poursuive avec l\u2019Iran et que ses dirigeants prennent conscience de la gravit\u00e9 de l\u2019enjeu pour leur pays. Je les invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au jugement que porteront les g\u00e9n\u00e9rations futures sur leurs choix d\u2019aujourd\u2019hui. Car c\u2019est \u00e0 l\u2019Iran de choisir. Tout doit \u00eatre mis en oeuvre pour convaincre T\u00e9h\u00e9ran de privil\u00e9gier la coop\u00e9ration sur l\u2019isolement et la confrontation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9, on ignore trop souvent que l\u2019Union a conduit au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es une quinzaine d\u2019op\u00e9rations militaires et de police, des Balkans au Proche-Orient et \u00e0 l\u2019Afrique. Le moment est venu de franchir une nouvelle \u00e9tape en relan\u00e7ant la construction de l\u2019Europe de la D\u00e9fense afin qu\u2019elle apporte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du monde une contribution croissante. D\u2019ici la fin de notre pr\u00e9sidence, par une d\u00e9marche concr\u00e8te, pragmatique, nous pouvons progresser en adoptant une \u00ab strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb actualis\u00e9e et compl\u00e9t\u00e9e ; en nous mettant d\u2019accord sur le niveau d\u2019ambition pour nos op\u00e9rations et sur les moyens militaires et civils qui nous seront n\u00e9cessaires ; en d\u00e9cidant de d\u00e9velopper, entre pays volontaires, les \u00e9quipements dont nous avons besoin ; en organisant la formation de nos officiers dans le cadre d\u2019un \u00ab Erasmus militaire \u00bb ; enfin, en progressant vers une industrie europ\u00e9enne de d\u00e9fense forte et comp\u00e9titive.<\/p>\n\n\n\n<p>Acteur croissant de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9 dans le monde, l\u2019Union peut aussi jouer un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la recherche de solutions aux probl\u00e8mes globaux du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Elle doit promouvoir ses valeurs, d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats, prot\u00e9ger ses citoyens, r\u00e9clamer chaque fois que n\u00e9cessaire la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je compte examiner avec la Commission comment l\u2019Union, qui apporte 60% du total mondial de l\u2019aide au d\u00e9veloppement et qui est de loin la premi\u00e8re puissance commerciale de la plan\u00e8te, peut mieux faire conna\u00eetre et mieux utiliser ses atouts au service de ses objectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense en particulier \u00e0 l\u2019agriculture, o\u00f9 l\u2019Union europ\u00e9enne est un acteur incontournable. Nous devons poursuivre la modernisation de la PAC et pr\u00e9parer les principes qui fonderont la PAC de demain. C\u2019est l\u2019un des grands d\u00e9fis de la Pr\u00e9sidence fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Face au ralentissement \u00e9conomique qui atteint le monde entier et qui menace notamment l\u2019Europe, l\u2019Union doit r\u00e9agir avec rapidit\u00e9 et d\u00e9termination. Les objectifs de la Pr\u00e9sidence fran\u00e7aise sont plus que jamais d\u2019actualit\u00e9 : renforcement rapide des r\u00e8gles et des normes concernant la stabilit\u00e9 et la supervision financi\u00e8res, les agences de notation, la solvabilit\u00e9, car le d\u00e9faut de transparence et l\u2019incertitude cr\u00e9ent la d\u00e9fiance ; action de soutien de l\u2019activit\u00e9 cibl\u00e9e sur les PME, notamment dans le cadre du \u00ab Small Business Act \u00bb europ\u00e9en ; relance vigoureuse des politiques en mati\u00e8re d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Je suis d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer encore, avec la Commission, le Parlement europ\u00e9en et nos 26 partenaires, l\u2019adoption de ces mesures pour prot\u00e9ger et renforcer la croissance europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le domaine si sensible des migrations, le pacte europ\u00e9en dont l\u2019Europe se dotera \u00e0 l\u2019automne pourrait servir de r\u00e9f\u00e9rence. Fond\u00e9 sur la reconnaissance de l\u2019utilit\u00e9 d\u2019une immigration l\u00e9gale organis\u00e9e et assum\u00e9e, sur la lutte contre l\u2019immigration ill\u00e9gale et sur une v\u00e9ritable concertation avec les pays concern\u00e9s, ce pacte proposera aux partenaires de l\u2019Europe une approche fond\u00e9e sur la coop\u00e9ration et le b\u00e9n\u00e9fice mutuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est sans doute dans le domaine de l\u2019\u00e9nergie et du climat que l\u2019Union peut, le plus fortement, contribuer \u00e0 fa\u00e7onner le monde du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Il s\u2019agit l\u00e0 du dossier le plus important \u00e0 long terme, puisque l\u2019avenir de la plan\u00e8te d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 \u00e0 le traiter collectivement. Nous sommes \u00e0 la fois la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration qui sait avec certitude que l\u2019activit\u00e9 humaine \u00e0 un effet direct sur le changement climatique et la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration en mesure d\u2019agir avant que des cons\u00e9quences irr\u00e9versibles ne bouleversent les \u00e9quilibres plan\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9gociation de Bali, qui s\u2019ach\u00e8vera en d\u00e9cembre 2009 \u00e0 Copenhague, dira si tous les Etats sont capables de s\u2019unir sur des objectifs \u00e0 la fois ambitieux et r\u00e9alistes. En r\u00e9alit\u00e9, une quinzaine de pays sont responsables de 80% des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre : la moiti\u00e9 d\u2019entre eux sont membres du G8 et l\u2019autre moiti\u00e9 repr\u00e9sente les grands pays \u00e9mergents, notamment la Chine et l\u2019Inde. Dans cette n\u00e9gociation o\u00f9 chacun attend que l\u2019autre bouge pour faire mouvement, seule l\u2019Union europ\u00e9enne peut enclencher une dynamique conduisant au succ\u00e8s, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux n\u00e9cessaires engagements r\u00e9ciproques de toutes les parties prenantes. C\u2019est tout l\u2019enjeu du paquet \u00ab \u00e9nergie-climat \u00bb qui r\u00e9partira les efforts que l\u2019Union est pr\u00eate \u00e0 accomplir entre ses 27 pays membres. Tout se jouera \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e et je m\u2019engagerai personnellement, avec Jean-Louis Borloo, pour que l\u2019Europe soit \u00e0 la hauteur de l\u2019enjeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Vous le voyez, plus qu\u2019elle ne le pense elle-m\u00eame, l\u2019Union europ\u00e9enne peut contribuer \u00e0 fa\u00e7onner la monde du XXI\u00e8me si\u00e8cle. D\u2019abord, par ce qu\u2019elle repr\u00e9sente : l\u2019exemple le plus achev\u00e9 d\u2019une d\u00e9marche substituant la coop\u00e9ration \u00e0 la rivalit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e8gles communes et \u00e0 un esprit de compromis qui permet, chaque jour, de d\u00e9passer les divergences d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, par le r\u00f4le irrempla\u00e7able qu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 jouer pour b\u00e2tir un monde de prosp\u00e9rit\u00e9, de stabilit\u00e9, de d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma conviction profonde est que le XXI\u00e8me si\u00e8cle peut aussi \u00eatre le si\u00e8cle de l\u2019Europe. Encore faut-il que l\u2019Union se montre digne de l\u2019h\u00e9ritage re\u00e7u des p\u00e8res fondateurs et qu\u2019elle d\u00e9montre \u00e0 ses partenaires comme \u00e0 ses citoyens qu\u2019elle est capable d\u2019ambition, de volont\u00e9 et de vision.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est la mission fondamentale que s\u2019assigne la France \u00e0 l\u2019occasion de sa pr\u00e9sidence. La France, pour sa part, doit rester \u00e0 l\u2019avant-garde du projet europ\u00e9en, comme elle doit demeurer une puissance \u00e0 vocation mondiale. Et elle doit s\u2019organiser en cons\u00e9quence. Les deux Livres Blancs, l\u2019un sur la politique \u00e9trang\u00e8re et europ\u00e9enne, l\u2019autre sur la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9 nationale, d\u00e9finissent les dispositions \u00e0 prendre pour que l\u2019Etat et ses grandes institutions r\u00e9galiennes puissent, dans ce monde en mutation profonde, continuer \u00e0 assumer leurs responsabilit\u00e9s avec imagination, d\u00e9termination et efficacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Alain Joyandet et Rama Yade vous en parleront longuement, avec Alain Jupp\u00e9, Louis Schweitzer et Jean-Claude Mallet, au cours des deux prochaines journ\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux, ici, dire mon soutien sans r\u00e9serve \u00e0 ces r\u00e9formes n\u00e9cessaires. Et je veux vous dire, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ma reconnaissance pour l\u2019action que vous conduisez chaque jour au service de la France et de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous remercie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Allocution du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Nicolas Sarkozy, Palais de l&rsquo;Elys\u00e9e \u2013 Mercredi 27 ao\u00fbt 2008. Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Pr\u00e9sident du S\u00e9nat, Monsieur le Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, Monsieur le Ministre des Affaires Etrang\u00e8res et Europ\u00e9ennes, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Il 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